Interview croisée avec Gwen de Bonneval et Cyril Pedrosa, sur la revue numérique Professeur Cyclope.

Le mardi 08 avril 2014 à 15h41

Cyril Pedrosa et Gwen De Bonneval ont participé lors du dernier Festival, à plusieurs conférences sur la BD numérique. Nous en avons profité pour leur poser quelques questions.

×

Gwen de Bonneval et Cyril Pedrosa : auteurs de bande dessinée et co-fondateurs de la revue numérique Professeur Cyclope © FIBD 9eArt+, photo Aurélien Culat

×

À la question « Quels sont les limites de la création numérique ? », Cyril Pedrosa précise que pour lui, « la limite est celle de tous les fondateurs : il ne faut pas lancer un projet qui ne soit viable qu’à condition que d’autres personnes soient pauvres ! » Et sur l’avenir de la revue, il affirme que  « le destin de Professeur Cyclope n’est pas encore tracé. La revue dépendra de ce qu’on nous proposera, et de ce que nous choisirons. Voilà comment je vois les choses : d’une part, il y a notre envie, ce vers quoi on veut aller en tant que créateurs d’une structure, d’un magazine, et d’un support ; et d’autre part, il y a ce que les auteurs nous apportent. Je pense que quand Goscinny a créé Pilote, il ne savait pas que le journal accueillait un jour Reiser que celui-ci ferait des livres, et qu’il deviendrait connu. Pour nous, c’est un peu pareil, on sait que l’envie qu’on a peut changer, bouger au gré des rencontres avec les auteurs et leurs créations. » Projet libre et en pleine évolution, Professeur Cyclope, reste donc porté par l’énergie de tous ses collaborateurs. Sur son travail en dehors de la revue, Cyril Pedrosa répond : «Je n’aimerais pas qu’on m’interdise d’explorer d’autres horizons sous prétexte que je suis auteur de bande dessinée. J’aimerais pouvoir aussi faire autre chose. C’est de l’autocensure. Et je n’aimerais pas m’enfermer dans un univers. »
 

×

© Silicomix / Arte

×

Gwenn De Bonneval, de son côté, s’impose de ne pas entamer un projet pour de mauvaises raisons, ou avec trop de compromis. Il a tiré un trait sur les travaux de commande : « J’ai un peu du mal avec cette idée, mais je préfère encore le faire plutôt que de faire un autre métier,. Ça m’a bien aidé à une époque, mais maintenant si je peux éviter… » Sur la diversité de ses projets, il précise : « Si on regarde les trajets que j’ai empruntés, on voit qu’ils ne se ressemblent pas forcément. C’est à la fois un avantage et un inconvénient. Un avantage parce qu’au quotidien, je n’ai pas l’impression de me répéter, mais aussi un inconvénient, car on est plus difficile à cerner par le lectorat quand on change régulièrement sa manière de faire de la bande dessinée. Lorsque j’étais dessinateur, je signais « Gwen », puis plus tard « Gwen de Bonneval » pour Les derniers jours d’un immortel avec Fabien Vehlmann. Et tant que scénariste, mes projets ne se ressemblent pas non plus les uns les autres. Parfois, il n’y a pas ce chaînage de lecteurs qui pourraient se dire : « j’ai bien aimé le travail de cet auteur, je vais aller lire ses autres travaux. » Ce sont des lectorats un peu différents. »

Il ajoute : « L’idéal est d’avoir la main sur l’avenir et sur le présent, c’est-à-dire pouvoir vivre à la fois de son métier et de ce que l’on aime. C’est ce qui me fait avancer, c’est mon moteur. » Angoulême est aussi une manière de se le rappeler tous les ans ?  « C’est un condensé incroyable, donc forcément il y a de tout, le meilleur comme le pire. Quand on vient à Angoulême, il faut être dans un bon état psychique parce que le Festival agit comme un révélateur de ton état intérieur, de là où tu en es avec ton métier. Là ça se passe plutôt bien pour moi, donc je passe un bon Angoulême – ce qui n’a pas toujours été le cas ! », ajoute-t-il dans un éclat de rire. Au terme de l’entretien, Cyril Pedrosa confie ce qui lui plait le plus dans son métier de dessinateur : «  C’est pouvoir m’accorder de la liberté dans ce que je fais. » On ne saurait mieux dire.

×

Pendant toute la durée du Festival, vous avez pu télécharger gratuitement un numéro intégral de la revue Professeur Cyclope. Ce numéro est encore disponible, quelques jours, en cliquant ici.

×

Rendez-vous sur le site de Professeur Cyclope
pour en savoir plus sur la revue.